« les "Don Quichotte" | Page d'accueil | Bienvenue »
17/07/2008
Tour d'horizon: Au niveau national...
Le nombre de caméras de surveillance dans la rue va être triplé en deux ans, l’Etat « incitera et aidera » les collectivités locales
lundi 12 novembre 2007
La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, veut tripler en deux ans le nombre de caméras de surveillance dans la rue, qui permettent selon elle de lutter efficacement contre l’insécurité. « Les maires le disent : les caméras ont permis de faire baisser la délinquance chez eux d’environ 40% », déclare-t-elle dans un entretien publié dans l’édition de samedi du "Figaro". « Je veux en tripler le nombre sur la voie publique en deux ans afin de passer de 20.000 à 60.000 », précise-t-elle. « L’efficacité de la vidéosurveillance pour améliorer de façon significative la sécurité quotidienne n’est plus à démontrer. Des expériences étrangères l’ont largement prouvée, notamment au Royaume-Uni avec l’élucidation de meurtres d’enfants et de crimes terroristes. Des expériences locales en France le montrent quotidiennement. » On évalue à 340.000 les caméras autorisées dans le cadre de la loi de 1995, dont 20.000 sur la voie publique. La ministre a souligné qu’un sondage réalisé par IPSOS ces derniers jours montre que 78% des Français y sont favorables dans les lieux publics pour lutter contre l’insécurité et le terrorisme. 66% des sondés se sentent davantage rassurés lorsqu’ils sont dans des lieux équipés de tels dispositifs. Et ils ne sont plus qu’un tiers à craindre que la vidéosurveillance ne réduise leur liberté ou menace leur vie privée. Quatre séries d’actions sont prévues.
A Paris, le préfet de Police, grâce au plan « 1.000 », ajoutera sur la voie publique 1.000 caméras aux quelques 300 actuellement accessibles à ses services. Pour y parvenir, un dispositif de « partenariat public privé » sera recherché. Dans le même esprit, la RATP va, d’ici 2009, porter son parc à 6.500 caméras. Parallèlement, dès 2008, l’accès à 150 caméras du secteur privé, déjà implantés dans des lieux stratégiques, sera organisé avec leurs exploitants. De même, le raccordement de 35 nouvelles caméras à la gare du Nord, financé par le fonds interministériel de prévention de la délinquance, interviendra au printemps prochain.
En régions, l’accélération du raccordement des centres de supervision urbains aux services de police est lancée depuis quelques jours. Une instruction a été envoyée le mois dernier aux préfets, demandant d’organiser la mise en place de ces dispositifs, partout où c’est techniquement réalisable, et accepté par les communes concernées. D’ores et déjà, selon la ministre, 21 communes ayant des installations ou des projets bien avancés ont accepté ce partenariat et ont été retenues pour bénéficier des transferts de fonds nécessaires. La direction centrale de la sécurité publique, associée à cette dynamique, revoit simultanément son approche pour exploiter pleinement les bénéfices de ces installations municipales.
Des projets de modifications de textes concernant l’organisation et le fonctionnement des commissions départementales, sont en cours d’étude par la direction des libertés publiques et des affaires juridiques. Un décret en préparation prévoit qu’en cas de silence de la commission durant trois mois, l’avis est réputé reçu. Ceci permet au préfet de statuer sur une autorisation d’installation, dans le délai de quatre mois qui lui est imposé.
Enfin, l’Etat « incitera et aidera » les collectivités locales. L’enveloppe annuelle du FIPD sera donc augmentée dans cet esprit. De même, les budgets « police » devront intégrer certaines dépenses de fonctionnement associées aux liaisons techniques avec les centres municipaux.
C’est une véritable offensive des œilletons. Des 350 000 caméras présentes sur le territoire français, on pourrait passer, d’ici à 2012, au million. Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, installait vendredi la Commission nationale de vidéosurveillance, qui pourra contrôler déploiement des caméras et donner des avis sur leur emploi. Remis en septembre, le rapport de Philippe Melchior, de l’Inspection général de l’administration (IGA), serait à l’origine de ce déploiement.« C’est un document de travail », son auteur ne le commentera pas. Dommage. Car l’analyse sur ces systèmes fait cruellement défaut. En matière de vidéosurveillance, le volontarisme affiché contraste avec l’absence d’évaluation des dispositifs.
Dérobades. « Il n’y a aucune étude réalisée en France sur l’impact de la vidéosurveillance », explique Pascal Veil, du Forum français pour la sécurité urbaine, organisme qui fédère plus de 130 communes sur les questions de sécurité. « En même temps qu’un plan de développement, il en faudrait un autre d’évaluation », précise Eric Chalumeau, qui a réalisé des études d’évaluation de la vidéosurveillance pour Lyon et Marseille. Villes qui n’ont pas rendu publics leurs résultats. « Les municipalités sont très opaques sur ces questions », constate Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS. Il boucle une étude autour de trois villes (Strasbourg, Lyon et Grenoble) sur les changements induits par la vidéosurveillance. Et a enregistré beaucoup de dérobades pour obtenir des chiffres et parler du sujet. Pourtant, il ne manque pas de voix pour en vanter les mérites lors de résolution d’affaires : attentats de Londres (mais pas de Madrid), meurtre d’un photographe, filmé par les caméras d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) en 2005.
Dans cette ville, selon la mairie, la mise en place des 29 caméras a fait baisser la délinquance de 11 % en 2005. Qui a à nouveau augmenté de 11 % en 2006, pour redescendre de 5 % en 2007. Ce qui donne le tournis au directeur général des services de la ville, qui avoue : « Il n’y a pas d’explication rationnelle. » Le commissariat n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.
D’autres villes équipées ont du mal à critiquer leurs dispositifs. Fin 2007, Strasbourg, précurseur, comptera 200 caméras, surveillées par 25 personnes, en trois-huit. Depuis 2003, il y aurait eu 50 % de voitures brûlées en moins au quartier de la Meinau. La délinquance urbaine aurait baissé de 30 %. S’est-elle déplacée ? L’évaluation réalisée donne des résultats mitigés.
A Montargis, ville du Loiret de 15 000 habitants, le maire, Jean-Pierre Door (UMP), affirme qu’en cinq ans ses caméras ont permis de diminuer de 50 % le nombre d’actes délictuels en ville – incivilités, vols de carte bleue au distributeur, agressions. Mais aussi d’améliorer la circulation. Lui avance que c’est grâce à la vidéosurveillance. Des 21 caméras existantes, il en ajoutera 6. Coût : 3 % du budget de fonctionnement.
Opposition. Sebastian Roché prévient : « Rien ne prouve qu’il existe un lien entre l’installation des systèmes de vidéosurveillance et la baisse de la délinquance. La délinquance baisse aussi dans des villes où il n’y a pas de vidéosurveillance. » Qu’importe. Le maire de Montargis ajoute que les personnes âgées ressortent enfin en ville. Dans les municipalités de droite comme de gauche, l’opposition à l’installation est devenue rarissime. Mais, malgré l’acclimatation aux caméras, les réserves restent nombreuses.
« Il ne faut pas faire n’importe quoi avec cet outil », résume Francis Jaecki, directeur général de la sécurité à Strasbourg. D’abord, savoir où placer les caméras. Ensuite, les gérer efficacement avec les services de police. Eric Chalumeau parle de « partenariat actif » entre police nationale et ville qui améliore, dans certains cas, les taux d’élucidation. Beaucoup louent les usages facilités par la vidéo. Notamment les policiers qui peuvent visualiser pendant une bagarre la présence d’armes. Et dans les endroits fermés, comme les parkings, son efficacité n’est plus remise en cause.
Promesses.Mais la vidéo ne peut en aucun cas suffire, ni être, selon Sebastian Roché, « la potion magique ». Elle doit aider à améliorer d’autres dispositifs. Jean-Pierre Hoss, qui fait partie du comité d’éthique de la ville de Lyon, insiste : « Ce qui compte c’est une bonne combinaison des moyens. » Il rappelle que les conclusions de l’enquête lyonnaise : « Elles incitent à une certaine prudence sur le tout caméra. Il y a des cas où il vaut mieux installer un réverbère qu’une caméra. »Dans son étude, Sebastian Roché montre que l’usage de la vidéo fait partie de la montée en force du maire en matière de sécurité, avec la création des polices municipales. « Avec ces outils-là, les édiles redeviennent crédibles. » L’accroissement des caméras faisait partie des promesses du candidat Sarkozy.« En matière de lutte contre la délinquance, l’insistance sur la vidéosurveillance révèle une absence de stratégie », résume le chercheur.
Le programme national d’installation coûtera de 5 à 6 milliards d’euros. L’Etat en prendra une partie à sa charge – pour un montant non encore fixé – dans le cadre du fonds interministériel de prévention de la délinquance. Autant d’argent en moins pour les associations de terrain qui œuvrent dans la prévention.
Articles copiés sur le web.
13:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Un bel article qui essaie de faire la part des choses...
Je trouve que c'est un bon point de départ pour la réflexion...
Ecrit par : christian castel | 18/07/2008
D’accord !La vidéo surveillance rassure, elle répond aux attentes des gens, puisque 75% de personnes interrogées sont favorables à l’installation de la vidéo surveillance en France ! je comprends que les politiques de gauche comme de droite vont dans ce sens ! Mais comme le disait Coluche : « C’est pas parce que la majorité se trompe qu’elle a raison… »
Sérieusement, une des conséquences possible est d’affaiblir le lien social et la responsabilité citoyenne (les caméras remplacent ou réduisent la présence humaine dans les services publics. Les personnes, témoins d’actes d’incivilité ou de délinquance, auront tendance à ne plus intervenir. « C’est plus de notre responsabilité… »).
De plus nous devenons potentiellement tous coupables, on construit une société suspicieuse. L’argument comme quoi si on a rien à se reprocher on a rien à craindre laisse aussi entendre que même innocent on doit être surveillé.!!
Mais à qui cela profite ?
Aux sociétés privées qui se voient offrir des contrats affriolants, mirobolants pour certaines ?
A un état sécuritaire qui fait le choix des caméras à la place de présence humaine?
Biométrie, traçabilité, vidéosurveillance, cela me laisse bien songeur… Veut-on nous protéger ou nous surveiller ? Devons nous être surveillés pour être protégés ?
Revenons dans notre belle ville d’Avesnes. Et si nous demandions à Mr le maire quel danger justifie aujourd’hui l’installation de la vidéosurveillance ? Danger sur les biens (voitures vitrines lieux publics) ? Sur les personnes ?
Quels lieux à surveiller, quelles rues, quels quartiers, quelles personnes, quelle catégorie sociale?
Quelle étude permet d’affirmer la nécessité de le faire ?
Voilà une démarche citoyenne , j’invite donc Mr le Maire s’ il le souhaite à nous apporter une réponse. Je n’exclue pas pour ma part de solliciter un rendez-vous.
Ecrit par : loïc Bogrand | 18/07/2008
Ecrire un commentaire